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L'histoire
de la Corbière
La famille Endrion, bourgeoise d'Estavayer et reçue au patriciat
fribourgeois, a été propriétaire de la Corbière
dès la fin du XVIIIe siècle. Illustre militaire au service
de Louis XVI, Georges-Antoine Endrion échappa
au massacre du 10 août 1792, où 786 gardes furent tués,
et prit une part active à l'évasion ratée du
roi. Il aurait réussi à quitter Paris sur une charrette
chargée de paille. Dans la paille était aussi cachée
une barrique de louis d'or qu'il aurait cachée ensuite dans
le lac de Neuchâtel avant de venir la chercher quelques jours
plus tard depuis la Corbière. De 1809 à son décès
en 1828, Georges-Antoine Endrion fut syndic d'Estavayer.
Un autre patricien, Nicolas de Boccard , capitaine
au service du roi Charles X, renversé en 1830, revint de France,
épousa la fille d'Endrion, vécut dans le manoir qui
datait du XVIe siècle et construisit le château actuel
autour de 1856. Neuf ans plus tard la propriété passa
à la famille des de Boccard à qui la Corbière
appartint jusqu'à 1917.
De 1879 à 1901 le château fut loué à Anne-Marie
comtesse de Pourtalès-Gorgier, née comtesse d'Escherny
à Paris le 11 septembre 1820, décédée
à la Corbière le 7 avril 1901. Une source historique
affirme qu'elle faisait beaucoup d'aumônes et priait constamment,
qu'elle était douée d'une beauté remarquable
et d'une parfaite distinction d'esprit et de manières. La comtesse
allait beaucoup « dans le monde », à
Paris, à Berlin, à Rome, à Naples où elle
était reçue à la cour. Elle passait une partie
de son temps au château de Gorgier qui fut vendu à la
mort de son mari Henri. Elle se retira alors à la Corbière
et fit édifier une chapelle en l'honneur du défunt.
C'était un descendant de Jacques-Louis Pourtalès (1722-1814),
négociant à Neuchâtel, l'homme le plus riche de
la Suisse à l'époque dont une partie de la fortune provenait
de la traite d'esclaves.
La comtesse avait trois filles et un fils. L'aînée, Marie,
Sœur de la Charité, était supérieure d'un orphelinat
en Macédoine. Emilie avait épousé le baron Gaston
Renouard de Bussières. Louise était l'épouse
du comte Raymond de Geoffre de Chabrignac, général de
division. Quant au fils, le comte Arthur de Pourtalès-Gorgier,
il a été ministre de France au Guatemala. Un mystère
demeure : une jeune personne toujours voilée sur son visage
tourmenté vivait auprès de la comtesse. Cet être
mystérieux mangeait dans une auge en or. Certains disent qu'elle
avait une tête de chat, d'autres de cochon, d'autres un bec
de lièvre. Des témoignages concordants rapportent qu'il
s'agissait sans doute de la quatrième fille de Mme de Pourtalès.
Des visiteurs huppés fréquentaient le château.
La région d'Estavayer résonnait des grelottières
attachées aux somptueux attelages des de Pourtalès ou
à ceux de leurs nombreux visiteurs. Une bonne partie de la
noblesse d'Europe est venue au château : D'Esterhazy de
Budapest en 1895 avec six grandes diligences attelées de six
voire huit chevaux, le duc et la duchesse de Saxe-Cobourg, cousins
de Victoria, reine d'Angleterre, des princes italiens. La plupart
arrivaient par la route, d'autres accostaient au débarcadère
qu'avait fait aménager la comtesse sous la Corbière.
Les bateaux à vapeur de la Société de navigation
fondée en 1872, dont la comtesse était une actionnaire
importante, pouvaient faire escale non loin du château. La comtesse
aimait se faire promener sur le lac. Mais le chemin d'accès
lui était pénible. Philibert Liardet, serrurier à
Estavayer, construisit pour elle un téléphérique
actionné par un treuil à deux manivelles placé
au sommet des rochers. Près du lac, le câble porteur
était fixé à un bloc erratique. Près du
château, il s'enroulait autour du tronc d'un imposant châtaignier.
La comtesse descendait et remontait, assise dans une nacelle.
En 1903, la famille de Boccard loue le château avec parc, jardin
et prairies aux demoiselles de La Rive et Roberty qui ont exploité
une école d'horticulture pour jeunes filles de bonnes
familles durant plus de 40 ans. Mme Jeanne-Alexandrine
de La Rive devient propriétaire du château
et de ses alentours en 1929, tandis que M. Léon Marmy
, paysan de la région, et son parâtre M.
Joseph Baudin acquièrent la ferme et le terrain agricole
en 1917. La même année, la ferme brûle et la propriété
sera divisée. La famille Baudin vivra dans l'ancienne maison
de maître et la famille Marmy construit une nouvelle maison
d'habitation.
En 1946, le château et ses alentours deviennent propriété
des Pères de St François de Sales.
L'institution abrite le juvénat – petit séminaire qui
compte une trentaine d'élèves – puis une école
secondaire dirigée par les Pères qui accueille jusqu'à
cent élèves. L'Institut de la Corbière ferme
en 1987.
1993 : la Société Coralisa achète
la propriété et transforme l'ancienne école en
Centre de Santé spécialisé en médecine
alternative. Tout en continuant ses activités thérapeutiques,
elle vend en 2005 la partie château et ses alentours au producteur
de film et hôtelier Res Balzli qui, une année
plus tard, la transmet, avec l'auberge aux 4 vents à
Fribourg, à la fondation « Pays des Merveilles ».
La compagnie jourparjour cie développe
à la Corbière un laboratoire culturel appelé
Laboratoire Village Nomade.
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